L’étirement des fascias: effets réels et explications douteuses

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L’étirement des fascias: effets réels et explications douteuses

La fascination pour les fascias est évidente. Les foam rollers et balles en tout genre sont omniprésents dans les centres sportifs. Certains roulent leur bandelette ilio-tibiale ou leur dos pendant que d’autres massent la plante de leurs pieds avec une balle de tennis. Chez les intervenants en santé, il existe même de nombreuses formations en relâchement myofascial, approches posturales, etc. Selon les approches myofasciales, un fascia trop raide peut être à la source de la douleur. Vraiment?

L’extensibilité des fascias

Contrairement à la croyance populaire, il est pratiquement impossible d’étirer un fascia. Une étude publiée en 2008 dans le journal américain de l’association d’ostéopathie, une association faisant elle-même la promotion de ces techniques de relâchement myofascial, a décrit les forces nécessaires pour étirer 3 fascias : le fascia plantaire, souvent ciblé dans les cas de fasciites plantaires, la bandelette ilio-tibiale et le fascia nasal superficiel1. Les résultats obtenus sont catégoriques :

  • Pour étirer la bandelette ilio-tibiale de 1%, une force de compression de 925 kg (2035 lb) ou une force tangentielle de 460 kg (1012 lb) sont nécessaires.
  • Pour étirer le fascia plantaire de 1%, une force de compression de 852 kg (1874 lb) ou une force tangentielle de 424 kg (933 lb) sont nécessaires.
  • Les forces nécessaires pour étirer la majorité des fascias dépassent largement celles qu’un thérapeute peut appliquer avec ses mains.

Surtout, les forces nécessaires seraient certainement plus élevées que celles que nous pourrions tolérer si on tentait d’étirer nos fascias!!!

Seuls les fascias superficiels peuvent être déformés par la thérapie manuelle. Le même groupe de recherche a établi qu’une force de compression de 10 kg (22 lb) ou une force tangentielle de 1 kg (2.2 lb) appliquées pendant 12 secondes sont nécessaires pour déformer de 8.6% en  compression et 2% en élongation le fascia nasal superficiel2. Pour les fascias plus profonds, il n’existe aucune évidence scientifique soutenant la théorie qu’ils peuvent être « manipulés ». Avant d’atteindre le fascia, la force est distribuée sur la peau et le tissu adipeux (graisses). Or, au-delà du tissu adipeux, les évidences sont manquantes3.

Comme il est impossible d’étirer la majorité des fascias, l’allongement de ceux-ci n’est donc pas la raison qui explique le soulagement de la douleur observé en clinique et dans les résultats de diverses études4,5. Comment peut-on expliquer ces effets?

Les mécanismes d’action des thérapies myofasciales

Les fascias, comme la grande majorité des tissus humains, regorgent de récepteurs servant à réguler tous les systèmes corporels. Robert Schleip du Fascia Research Group a effectué une revue de la littérature pour expliquer les changements à court terme observés par les thérapies myofasciales6,7. Selon ses recherches, les effets mécaniques sont inexistants lors d’une séance de « manipulation fasciale ». Il s’agirait plutôt d’effets neurophysiologiques suite à la stimulation des récepteurs contenus dans les fascias. C’est-à-dire que les thérapies myofasciales calmeraient le système nerveux sympathique ce qui diminuerait le tonus musculaire (↑ la flexibilité) et modulerait les circuits du système nerveux impliqués dans la perception de la douleur (↓ la douleur).

Jusqu’ici, rien de nouveau à l’horizon. Les effets positifs de l’ensemble des thérapies manuelles seraient principalement dus aux effets neurophysiologiques8. Le touché lui-même a un effet puissant sur la douleur9.

Les avantages chez les sportifs

Même si les fascias ne sont pas modifiés par ce type d’intervention, il n’en reste pas moins qu’il existe des avantages à utiliser des « étirements » myofasciaux  chez les sportifs10.

Avant l’entraînement, cette stratégie permet d’augmenter l’amplitude articulaire sans les effets négatifs généralement associés aux étirements « classiques » tels que la diminution de la force musculaire. Il s’agirait donc d’une façon efficace pour augmenter sa mobilité avant un échauffement plus général.

Aussi, la  diminution de la performance motrice après un entraînement serait moindre après une séance de massage avec un foam roller. De plus, les courbatures post-exercices seraient également moins importantes.

Conclusion

Finalement, si vous êtes un habitué des massages ou du relâchement myofascial, sachez que votre thérapeute ne peut en rien modifier la longueur de vos fascias quoiqu’il en dise. Il peut toutefois modifier votre sensation de raideur musculaire et diminuer la douleur, mais les effets sont temporaires si ces techniques sont utilisées de façon isolée. Il faut se méfier des messages selon lesquels des fascias « trop raides » expliqueraient nos problèmes de santé et qu’ils devraient être étirés. Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons pas d’effet mécanique sur les fascias avec nos mains.

Autrement, le relâchement myofascial semble être une bonne stratégie pour augmenter la mobilité articulaire à court terme et pour réduire les courbatures post-entraînement. Lorsqu'utilisées de façon combinée avec des techniques de thérapie manuelle ou des exercices thérapeutiques spécifiques orientés vers la correction de dysfonctions, il est probable que les résultats obtenus soient plus persistants. Bref, utilisé au bon moment et pour les bonnes raisons, il s’agit d’un outil de plus dans votre arsenal.

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À Propos de l'auteur


ALEXANDRE LANGIS

Alexandre Langis

En plus de la thérapie manuelle, Alexandre a comme intérêt particulier le contrôle moteur et les dysfonctions de mouvement liées à la performance motrice et à la douleur persistante. En plus d’une maîtrise en physiothérapie, Alexandre possède un baccalauréat en kinésiologie, lui procurant une solide connaissance des mouvements physiologiques et pathologiques du système musculosquelettique humain. Lui-même sportif émérite, il s’affaire notamment à se spécialiser dans les mouvements relatifs à divers sports, comme par exemple l’haltérophilie, le cross-fit, le golf et le tennis. Depuis 2011, il travaille également comme entraîneur personnel dans divers centres de conditionnement physique, lui procurant un avantage en sachant joindre efficacement un programme d’exercices thérapeutiques aux modalités usuellement retrouvées en physiothérapie. Alexandre est ainsi le physiothérapeute de choix pour quiconque s’étant blessé dans la pratique d’un sport, ou encore pour quiconque désireux de commencer un programme d’exercices. Il est en effet en mesure de procéder à une évaluation préliminaire afin de déterminer les facteurs de risque, relatifs par exemple à une faiblesse musculaire spécifique ou encore à une dysfonction articulaire, pouvant prédisposer à diverses blessures suite à la répétition d’un mouvement fautif. Alexandre met principalement l’emphase sur l’autodétermination et l’efficacité personnelle de ses clients afin qu’ils réalisent leur plein potentiel. Il saura certainement vous surprendre. Bien que récemment diplômé en physiothérapie, son dynamisme est contagieux et ses intérêts le poussent déjà à creuser ses recherches personnelles bien au-delà des notions acquises dans le contexte universitaire

Pour plus de détails sur le cheminement de Alexandre, veuillez consulter son curriculum.